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lundi 12 janvier 2026

Pourquoi je ne me présenterai pas à l’examen fédéral du 6° dan Aïkido ?

   J’ai été proposé au grade du 6° Dan par mes supérieurs hiérarchiques, haut-gradés, Shihan et détenteurs de haut-grades Aïkikaï, respectivement 7° et 8° Dan. La demande a été faite juste avant que la réglementation (française) évolue dernièrement. Bien qu’il me soit possible d’envisager de suivre le nouveau cursus, j’ai pris la décision de ne pas donner suite.

Revenons sur la signification et valeur des grades en Aïkido.

  L’Aïkido n’est pas un sport. Il n’y a pas dans ce Budo de compétiteur, champion ni médaille. L’Aïkido est avant tout une Voie martiale fortement rattachée à ses racines et respectueuse de ses traditions. Ceci n’empêche pas un développement vers la modernité, indispensable à une vision d’avenir, tant que les principes fondamentaux sont respectés.

Le 1° Dan est celui du débutant. Il acquiesce un niveau de connaissance et une pratique en accord avec les fondamentaux, techniques comme philosophiques.

Le 2° Dan est une confirmation du 1°, le pratiquant ayant développé une mise en application fluide.

Le 3° Dan atteste une réalisation des techniques rigoureuses additionnée d’une posture et une gestuelle ouvrant l’accès à la dynamique (du Ki), alliant souplesse, fermeté et précision.

Le 4° Dan est celui de la maîtrise technique.

Le 5° Dan, celui de l’expertise.

Au delà, l’expert est promu au grade de 6°, 7° et 8° Dan, grades de haut-niveau.


  Tous les pratiquants n’atteindrons pas ces derniers grades. En comparaison, dans l’armée, il y a les les hommes de rang, les sous-officiers, les officiers et les officiers supérieurs. Tous les militaires ne terminent pas leur carrière avec un grade de général. Il en est de même pour l’Aïkido comme pour les niveaux d’étude ( CAP, Bac, Bac + 2, licence, Master, Doctorat…).

Tous ces niveaux sont soumis à examens ou présentations de thèses évalués par des pères (et mères) reconnus dans leur discipline.

Ceci ne garantie pas que le récipiendaire du diplôme ou titre se voit confier un poste de dirigeant ou un siège dans une haute commission. De même en Aïkido, tous les experts ne seront pas nommés à des grades de haut-niveau.

J’étais favorable à la mise en place d’un examen spécifique pour le 5° Dan (sous forme de présentation de thèse) bien avant que ce soit mis en place lors de la dernière olympiade 2020-2024.

Autant je reste favorable à ce qu’un examen sanctionne un 5° Dan, je n’adhère pas à un examen pour un 6°. Le 6° dan est, et doit rester, une reconnaissance d’une pratique et d’un travail accompli.

Je ne reviendrai pas sur la spécificité du grade Dan en France et de la réglementation CSDGE. Je suis heureux de voir qu’après 40 ans de laisser-aller ministériel pour trancher sur la question des deux fédérations françaises d’Aïkido, il ait été décidé de mettre fin à cette situation ambiguë. L’UFA, bien que parée de bonnes intentions, n’a été qu’un par-feu et a retardé cette décision.

Je suis un homme de cœur, un homme de raison et un homme d’honneur. Je tiens à le rester.

J’ai été investi dans le rouage fédéral (local). Animateur de stage, jury d’examen du BF et de grade 1° et 2° Dan, président du Comité départemental, intervenant dans l’École des cadres (régionale) et j’ai participé à la mise en place du CTR régional.

La dernière fois que j’ai siégé au jury d’examen de grade 2° Dan, les coprésidents de session ont demandé à mon confrère (FFAB) ainsi qu’à moi-même de revenir sur notre jugement pour « laisser passer » deux candidats. Nous nous sommes opposés fermement à cette décision. Depuis lors, je n’ai pas été sollicité pour siéger dans un jury. Cependant, si je l’avais été, ma réponse aurait été la même que lorsque j’avais pris la décision de quitter la fédération : je ne cautionne pas de mon nom un système auquel je n’adhère pas.

Je suis revenu à la fédération parce que l’on me l’a suggéré. J’ai accepté parce que le nouveau bureau fédéral rompt avec 4 olympiades (16 années) de gestion par des administrateurs de plus en plus déconnectés de la pratique et de ses fondements. L’échéance ministérielle pour la fusion des deux fédérations française d’Aïkido arrivera à son terme fin 2028. L’agrément retiré à l’UFA est pleinement justifié, l’UFA n’avait aucun club affilié ni aucun licencié.

La refonte de la réglementation de la CSDGE est imparfaite. Elle a le mérite d’exister, et je remercie tous ceux qui ont contribué à son élaboration. Elle n’est pas parfaite et ne peux l’être: faire rentrer un cercle dans un carré de même superficie est impossible.

Je me suis fermement opposé aux examens de grades de la dernière olympiade parce qu’il ne respectaient pas le règlement. Le petit arrangement entre les deux bureaux fédéraux reste honteux pour une discipline qui porte de noble valeur, dont l’honnêteté : on fait ce que l’on dit, on dit ce qu l’on fait. Ce n’a pas été le cas. J’ai dénoncé la supercherie à la fédération ainsi qu’au ministère des sports.

J’avais dit que je ne reviendrai dans le système fédéral que lorsqu’il n’y aura plus qu’une seule fédération. J’y reviens avec un peu d’anticipation et je ne remets pas en cause ce retour.

Cependant, je ne peux adhérer au nouveau système pour la CSDGE. Les deux fédérations, même si c’est la FFAB qui porte cette commission pour l’olympiade, ne proposent déjà pas le même cursus pour la préparation à l’examen des haut-grades.

De plus, si le ministère impose un format pour un grade « d’état » avec un système d’évaluation. Pourquoi ne l’impose t’il pas pour un 7° et 8° Dan ?


  Comme je l’ai écrit plus haut, je suis favorable à la mise en place d’un examen pour le grade d’expertise du 5° Dan. Je ne le suis pas pour un 6°.

Je prends donc la décision ne ne pas adhérer au système proposé. C’est une grave décision pour un enseignant professionnel qui ne vit que de cette profession depuis 1998, mais c’est une décision en accord avec mes principes.

Je suis très honoré d’avoir été proposé au grade du 6° Dan par des sensei que je respectent profondément et sans qui l’Aïkido en France n’aurait pas été ce qu’il est. Je me satisferai de savoir que mon niveau ait été reconnu comme un haut-niveau, sans l’afficher.

Je remercie à nouveau mes sensei qui ont ouvert la voie et qui sont récipiendaires et transmetteurs d’un savoir et d’un noble savoir-être.

Marc Senzier

St Bauzille de Putois, dimanche 11 janvier 2026





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