Ce texte fait suite à ma décision de ne pas me présenter à un examen pour le grade du 6° Dan.
Je ferai un distinguo entre le terme évaluation pour un 5° Dan et appréciation pour le 6°.
1- Évaluation du 5° Dan
Partant du principe que le 4° Dan est le niveau de la maîtrise technique, tel que défini dans le règlement CSDGE, le 5° Dan qui est celui de l’expertise doit confirmer le niveau de maîtrise à savoir un Ri-aï exemplaire au travers d’un Shisei intégrant Kamae, Zanshin, Metsuke et Irimi :
• connaissance totale du répertoire technique et formes omote/ura selon les modes de travail Suwari waza, Hanmi Handachi Waza et Tachi waza
• gestion parfaite du De-aï et du Ma-aï
• une préservation constante de sa propre intégrité
• l’expression du Kokyu-rokyu alliant souplesse et fermeté
• un Ki-musubi permanent tout au long de la réalisation technique
• un total respect de l’intégrité de Uke
Au delà de la forme, le pratiquant 5° Dan commence (ou peut) à exprimer sa personnalité dans la réalisation technique.
Critères d’évaluation du 5° Dan
Pour la connaissance technique :
• aucune hésitation, pas de temps de « pause » ou « d’arrêt » intempestif rompant avec une fluidité dans la réalisation de la technique
• une réalisation claire et lisible
• aucune confusion dans le timing ou la gestuelle
Pour De-aï et Ma-aï
• l’expression d’un Kamae, zanshin, Metsuke et Irimi observables
• une sollicitation claire et lisible pour les saisies
• une harmonisation à la vitesse des frappes
• un rythme sans à-coup dans les déplacements-placements comme dans la gestuelle
• une gestion permanente de la distance permettant esquives, pivots et contrôle du partenaire
Pour la préservation constante de sa propre intégrité
• un équilibre du corps permettant une verticalité (axe droit du corps qui peut être incliné mais pas penché ou courbé)
• des déplacements (Arukikata) permettant la conservation de l’équilibre du corps
• un centrage constant
• le maintient d’un distance ou d’un placement annihilant la capacité de Uke de continuer son attaque.
Pour l’expression du Kokyu-rokyu
• des mouvements souples et fermes
• aucun mouvement forcé
• aucun travail de force des épaules ou des bras
• le maintien d’un Shisei dans l’expression de l’Irimi, du Hanmi et du Tai sabaki
Pour le Ki-musubi
• un centrage et un contrôle permanent du Uke tout au long de la réalisation technique
Pour respect de l’intégrité de Uke
• aucun mouvement en force sur les articulations
• un respect permanent des axes morphologiques
• des Atémi et Katame toujours contrôlés
• l’adaptation du timing permettant au partenaire de réaliser des Ukemi « sécurisés »
2- Appréciation du 6° Dan
Si je reprends le texte de la CSDGE :
6.1 Sens et niveau
La technique est brillante, le mouvement est fluide et puissant. Il doit s’imposer comme une évidence à celui qui regarde.
La puissance et la souplesse physique comme la limpidité du mental s’unissent sans ambiguïté dans le mouvement et s’expriment aussi dans la vie quotidienne.
6.2 Capacités à vérifier
• abandon de la force pour aborder autrement la pratique et faire évoluer sa technique ;
• capacité de remise en question pour faire évoluer sa pratique et sa technique ;
• entretien d’une condition physique suffisante ;
• sens de l’étiquette et tout ce que cela développe ;
• niveau de réalisation technique qui doit mettre en évidence l’acquisition des fondations propres à l’Aïkido ;
• prise de responsabilité dans la transmission de ces valeurs par l’exemple personnel et non par la recommandation à autrui ;
• rayonnement de la discipline, souci de protection, de respect et de développement des institutions ;
• technique épurée, libérée, simplifiée et efficiente
Il n’est pas possible d’évaluer un 6° Dan. Ce niveau ne peut être qu’apprécier.
Cependant, le niveau reste observable dans la réalisation technique et il est possible d’entrevoir une bonification du niveau d’expertise du 5° Dan.
Comme le précise le texte de la CSDGE (éléments à prendre en compte), le 6° Dan doit exprimer :
• une adéquation du travail au partenaire et à la situation
• la sérénité du pratiquant
• sa capacité à exprimer sa qualité de perception, de relation au partenaire et de liberté dans le maniement des principes de la discipline
• le respect (Reigisaho) : respect du cadre (rituel), du partenaire, de soi-même
• la sérénité (Seishin Jotaï, Kokoro no Mochikata) : contrôle des émotions (peur, colère, fébrilité…)
• la concentration (Seishin Jotaï, Kiryoku, Kamae) : présence permanente
• la vigilance (Kamae, Zanshin) : état mental qui permet la présence et la connexion avant, pendant et après l’échange physique
• la détermination (Kiryoku) : investissement dans l'action
• l'attitude (Shiseï) : attitude naturelle et relâchée qui se caractérise par la verticalité et débouche sur l'adaptabilité
• la permanence du Shiseï dans l'action
• l'unité du corps (Shiseï, Metsuke) : le centrage, l'alignement, les lignes de force, la coordination entre le haut et le bas du corps qui assurent l'efficience et l'économie.
• le relâchement (Shiseï, Kokyu Ryoku)
• la connaissance de la nomenclature (dont la distinction et complémentarité Omote/Ura)
• la logique de construction : création et gestion du déséquilibre : une projection (ou amenée au sol) est la conséquence d'un déséquilibre, lui-même conséquence d'un placement initial (De-Aï) adéquat
• la gestion du Maaï : adéquation de la distance et du rythme tout au long de la technique
• l'utilisation du principe Irimi : élément fondamental du placement initial (De-Aï)
• la présence potentielle d'Atemis : conséquence d'un positionnement relatif (Maaï, distance, angle, engagement du corps) pertinent
• l'absence d'ouverture (au sens martial, réciproque du critère précédent) : ne pas se mettre en danger par un positionnement déficient (mêmes éléments que le critère précédent)
• la pertinence des directions et des déplacements (Taï Sabaki, Irimi, Tenkan) : permettant le déséquilibre et des possibilités d'Atemi tout en restant équilibré
• la connexion (Kimusubi, Awase) : c'est par la connexion, mentale et physique, que la technique est véritablement échange et résultat de la rencontre des deux protagonistes
• la disponibilité : ou adaptabilité qui permet d'opter pour la solution qui s'impose sans chercher à forcer les choses
• le caractère non-traumatisant de la technique : conséquence technique de l'idée de respect.
3- Conclusion :
Le 5° Dan est la confirmation d’un niveau de maîtrise. Son évaluation se situe dans le savoir-faire. On n’évalue plus le « ce qui est fait » mais « comment c’est fait ». les critères se situent donc au-delà de la simple réalisation des techniques.
Le 6° Dan peut être apprécié par la confirmation du savoir-faire au travers un savoir-être difficilement évaluable par des critères observables jusque là vérifiés pour les grades du 1° au 5° Dan.
Comme pour les disciplines artistiques ( patinages, danses…), un jury peut apprécier et noter une prestation sur son seul jugement. Ceci est valable lorsque l’on veut départager deux sportifs pour désigner un champion.
Ici, il ne s’agit pas de choisir entre plusieurs candidats. Une prestation seule ne peut pas témoigner du travail et de l’engagement d’un pratiquant. Le 6° dan doit rester une reconnaissance par les pères d’un savoir-faire et savoir-être au service de la discipline.

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